Cybermag / A la une / L’École d’horlogerie de Genève forme la relève avec la régularité du métronome

L’École d’horlogerie de Genève forme la relève avec la régularité du métronome

La majorité des apprentis genevois en horlogerie et micromécanique y sont formés. Coup de projecteur sur cette institution

Iris Mizrahi

«Les cycles économiques sont rapides et fluctuants dans le secteur horloger. Si l’école avait formé moins d’apprentis durant les grandes années de crise, on connaîtrait aujourd’hui une pénurie, observe Pierre Amstutz, directeur de l’École d’horlogerie de Genève. Les six écoles d’horlogerie en Suisse jouent ainsi un rôle de régulateur, même si les projections en fonction des départs à la retraite laissent penser qu’on ne forme pas assez.» Créée en 1824 par la Ville de Genève, l’institution engage depuis quinze ans le même nombre d’apprentis. Près de 160 candidats se présentent pour 50 places en horlogerie. Le ratio est moins élevé en micromécanique avec une quinzaine de postulants pour 12 places. Bien que la priorité soit donnée aux élèves sortant du Cycle d’orientation (20 à 30%), de jeunes adultes peuvent également intégrer ces formations. «Une autre caractéristique de
l’apprentissage en école consiste à encourager les élèves à poursuivre leur formation, insiste le directeur. Un ingénieur HES en possession d’un CFC n’ignore rien de la chaîne de fabrication. Connaître le produit permet de mieux agir sur l’amélioration des processus.»

Temps accéléré

Devenir ingénieur en un temps record, c’est précisément l’intention de Max Philoppoz, apprenti horloger en filière accélérée (trois ans avec maturité professionnelle intégrée). Une voie destinée aux élèves à fort potentiel qui visent un diplôme en HES, soit le parcours le plus court pour obtenir un bachelor en ingénierie ou en design. Parvenu sans encombre jusqu’en troisième année du collège, Max Philoppoz commence à se projeter, mais la perspective de longues études académiques ne l’enchante guère. «Par curiosité et parce que j’ai toujours eu envie de comprendre comment les montres fonctionnent, j’ai choisi l’horlogerie. Mais j’ai hâte d’être à l’école d’ingénieurs: ma préférence va à la théorie.» Dès qu’il aura obtenu son diplôme et parachevé la réalisation de sa «montre école» (chef-d’oeuvre que chaque apprenti débute en deuxième année et achève en y gravant son
nom, couronné du Poinçon de Genève), le jeune homme poursuivra ses études en bachelor of science HES-SO en ingénierie et gestion industrielles à Yverdon (VD), filière unique en Suisse.

À la pointe

Venue d’Espagne il y a quelques années sans connaître un mot de français, Tatiana Morales est aujourd’hui l’une des apprenties les plus prometteuses de la filière de micromécanique. Un stage en entreprise la convainc de choisir un métier «différent de ce que font les gens de mon entourage, qui
me permet de bouger, de construire et de transformer la matière, raconte la jeune femme, en troisième et dernière année de formation. À l’école, on est un groupe, on s’entraide. J’aime cette ambiance.» Après l’obtention de son CFC et une année sabbatique consacrée à parfaire son anglais, elle compte bien ajouter deux ans à son cursus pour devenir technicienne en micromécanique ES, filière également dispensée à l’école d’horlogerie. «L’école met à disposition des machines de pointe dans les ateliers pour que les élèves soient en parfaite adéquation avec l’environnement professionnel de leur futur employeur», souligne Pierre Amstutz. L’institution collabore étroitement avec les maisons horlogères au bénéfice de compétences en ingénierie sur des projets d’envergure, comme l’amélioration du mouvement de la «montre école» à l’occasion du 200e anniversaire de l’institution en 2024. Des projets de rénovation, sur mandats de fondations privées, font également partie des travaux réalisés par les apprentis et leurs enseignants, à l’instar de la réhabilitation de l’horloge d’Ecogia à Versoix (GE) ou de celle de l’église anglicane de Genève.

L’École d’horlogerie de Genève forme la relève avec la régularité du métronome