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L’interprète ICMI, interface de la migration

Un brevet fédéral professionnalise ce métier où compétences professionnelles, linguistiques et culturelles s’additionnent

Eliane Schneider

«Le brevet fédéral professionnalise le métier de spécialiste en interprétariat communautaire et médiation interculturelle (ICMI), métier pratiqué la plupart du temps sur mandat et qui implique de grandes responsabilités dans les situations où interviennent ces interprètes. Le diplôme rassure tant les institutions que les migrants, qui misent sur l’équité de traitement», explique Neela Chatterjee, responsable à l’Office de qualification, à Interpret. «Avant de débuter cette formation modulaire, qui s’acquiert en emploi en deux à trois ans, le spécialiste ICMI possède en principe déjà une pratique dans les domaines de l’interprétariat et de la médiation interculturelle et, généralement, un passé migratoire. Ce qui lui confère à la fois une reconnaissance des communautés pour lesquelles il travaille et un solide ancrage local», précise Isabelle Fierro, responsable du secteur interprétariat auprès d’Appartenances, à Lausanne. Sans oublier des compétences spécifiques telles que la formation d’adultes ou la gestion de projets. Et les langues exigées changent selon les vagues de migrations. «Une fois formé un nombre suffisant d’ICMI parlant bosniaque, croate, serbe, nous recherchons,
par exemple, des interprètes en khmer ou en chinois cantonais», fait-elle remarquer.

Diversité des missions

En effet, le spécialiste ICMI intervient dans des situations de vie et de vécus parfois difficiles. Il collabore avec les professionnels des milieux scolaire, médical, social, administratif, judiciaire, etc. «Ces personnes établissent des ponts entre les professionnels et des migrants qui ne parlent pas de langue commune. Les compétences de l’ICMI contribuent de manière essentielle à la réussite du «trialogue» entre le professionnel, le migrant et l’interprète», souligne Neela Chatterjee. Le spécialiste peut intervenir sur place ou, selon l’urgence, au téléphone ou même en vidéoconférence. Hormis la
connaissance solide de la langue et du système de référence socioculturel des migrants, il maîtrise parfaitement la langue officielle locale, les structures et les réalités suisses et régionales. Il jongle d’un système de référence à un autre et les met en relation.

Oser expliquer

«Le brevet fédéral permet de se rendre compte de l’ensemble des enjeux des transferts de population. Sans négliger la réflexion, la gestion des émotions, la supervision et l’ajustement de mon message en fonction des valeurs propres à la communauté que je représente», relève Karine Rebecchi,
journaliste italienne, au bénéfice d’un master en relations internationales et experte en migration. Sa langue d’interprétation (l’italien) n’est pas exotique au sens des quelque 60 langues et dialectes traduits (amharique, peul, dioula pour l’Afrique; brésilien, créole haïtien pour l’Amérique; ouzbek,
népalais, tamoul, farsi pour l’Asie; macédonien, romani pour l’Europe, entre autres). N’empêche qu’on l’appelle. Que ce soit pour des Italiens très bien formés qui souhaitent continuer de se qualifier en Suisse. Ou pour cette famille africaine débarquant en Suisse, après avoir séjourné longtemps
à Lampedusa. Ou encore pour ces Albanais, qui maîtrisent bien l’italien et souhaitent connaître le système de formation suisse pour leurs enfants scolarisés. «Je peux être appelée au CHUV pour un Tessinois qui souhaite comprendre en finesse son suivi médical pointu», indique-t-elle. «Cette formation m’a permis d’élargir mes domaines de compétences sur les trois axes du social, du médical et de la formation, estime pour sa part José Barba, ingénieur en informatique et spécialiste ICMI, à la Croix-Rouge genevoise. Son passé personnel de migrant équatorien (d’abord en ex-Union soviétique avant d’arriver à Genève) jette un pont (souple et respectueux) entre les personnes qu’il assiste (en espagnol et en russe) et les autorités. Les codes de communication, les manières d’agir sont essentiels, par exemple dans le cadre spécifique des interventions avec mineurs. Il faut dépasser les malentendus, oser expliquer aux parents que l’on doit placer leurs enfants en foyer pour leur sécurité. Pas simple émotionnellement non plus: «Mais la transparence, la confidentialité et l’attitude multipartiale tissent une confiance, au-delà des compétences.»

Plus d’infos
www.inter-prêt.ch
et www.orientation.ch

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