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La psychomotricité, une formation en mouvement à Genève

Un nouveau master HES en psychomotricité, unique en Suisse romande, sera lancé à la rentrée 2019

Eliane Schneider

La filière psychomotricité, née à Genève il y a une cinquantaine d’années et rattachée à la Haute Ecole de travail social (HETS-GE), est l’unique formation de ce type en Suisse romande. La psychomotricité place au centre de ses interventions l’expérience du corps pour traiter les troubles psychomoteurs et favoriser le développement ou le maintien des compétences corporelles et relationnelles de personnes de tous âges.

Dynamique interdisciplinaire

Le programme du futur master permettra aux thérapeutes de se former selon une dynamique interdisciplinaire, proposant une alternance d’apports théoriques et méthodologiques et d’interventions cliniques sur le terrain. «Ce positionnement va enfin permettre le développement d’une véritable démarche scientifique, très attendue des milieux professionnels, souligne Joëlle Libois, directrice de la Haute Ecole genevoise. La psychomotricité est encore trop souvent confinée aux milieux scolaire et de la petite enfance. Ce nouveau cursus va nous permettre d’ajuster la formation à l’évolution des problématiques liées au vieillissement de la population, aux politiques inclusives ou à la migration. Et d’élargir ainsi le potentiel d’intervention des thérapeutes.» A l’issue de leur formation, les diplômés seront capables d’évaluer des problématiques complexes, de définir des mesures efficaces face à des situations souvent difficiles et de conduire des projets avec une  grande autonomie.

Terrains d’intervention

L’une des originalités du nouveau cursus tient aussi à son ouverture aux détenteurs d’un bachelor, HES, HEP ou universitaires, dans les domaines de la pédagogie, du travail social, de la santé, de la psychologie, des sciences du sport et du mouvement. «Le programme de formation s’appuiera sur cette diversité de provenance, qui contribuera à sa dynamique interdisciplinaire et interprofessionnelle», se réjouit Anne-Françoise Wittgenstein Mani, responsable de filière. L’offre d’emploi en psychomotricité (variable selon les cantons) est largement répandue dans les écoles, les institutions spécialisées, les crèches, les hôpitaux et les services de santé, sans compter les psychomotriciens indépendants qui pratiquent en cabinet. «De nouveaux terrains professionnels se développent où la contribution des thérapeutes procure des résultats prometteurs et reconnus», décrit la responsable de filière. Dans le cadre de projets en maisons de quartier par exemple auprès d’adolescentes ou en collaboration avec l’Hospice général au Foyer d’Anières. «Notre intervention consiste ici à développer le jeu et le mouvement, ou encore à soutenir le développement des jeunes enfants ayant traversé les épreuves de la migration, tout en favorisant leur intégration scolaire et les relations sociales.» Etudiants et professionnels sont également associés à divers projets internationaux, lors de catastrophes naturelles: en Haïti, pour proposer une approche innovante des douleurs fantômes liées aux membres amputés ou encore en Palestine en créant des dispositifs favorisant les relations précoces mère-enfant, là où elles peuvent être entravées par une situation de stress intense vécue par la population.

Le corps média

«Aller à la rencontre de l’autre et être créatif en s’engageant corporellement et émotionnellement, être à l’écoute de signes de communication verbaux et non verbaux sont des fondamentaux du métier, rappelle Anne-Françoise Wittgenstein Mani. Et cette particularité requiert une importante implication personnelle de la part de nos étudiants.» Alexis Guillot est de ceux-là. Il terminera son parcours de formation cette année à Genève et effectue actuellement un stage dans une institution vaudoise destinée à des adolescents sous mesures de protection. «Je dois créer un lien de confiance avec des jeunes qui sont en permanence sur le qui-vive.» Un match de foot (en séance de thérapie) est un prétexte pour mettre le corps en mouvement et entrer en relation. Taper sur un ballon peut être une médiation pour donner forme à des débordements émotionnels avant de trouver, en fin de partie, un moment de détente, de relâchement propice à poser des mots sur ce que l’adolescent ressent. Le futur professionnel scrute déjà les postes qui lui seront ouverts dès juin prochain, en étant conscient qu’être un homme est plutôt un atout dans le domaine car les équipes thérapeutiques cherchent davantage de mixité dans leurs effectifs, aujourd’hui encore majoritairement féminins.

Plus d’infos www.hesge.ch/hets

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