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Secteurs public et privé s’engagent pour l’intégration des réfugiés

Initiative unique en Suisse, l’Université de Genève et des entreprises privées proposent des mesures concrètes via le programme Horizon académique

Perrine Necker

«A Genève, seuls 10 à 17% des réfugiés occupent une activité professionnelle rémunérée contre 15 à 30% dans d’autres cantons, constate Metin Turker, chargé de projet au Bureau de l’intégration des étrangers (BIE). Nous pouvons donc faire beaucoup mieux et cela est d’autant plus vrai pour les personnes au bénéfice d’une formation supérieure.» Une fois arrivés en Suisse, malgré les difficultés à faire reconnaître leurs diplômes étrangers, la perte des documents d’origine ou des études inachevées, un certain nombre de migrants souhaitent poursuivre leurs études en Suisse. C’est désormais possible grâce au programme d’intégration Horizon académique, fruit d’un partenariat entre l’Université de Genève et le BIE.

Contrer la déqualification

Environ 10% des migrants arrivent en Suisse avec un diplôme universitaire. «Afin de contrer la déqualification à laquelle ils sont souvent confrontés, il nous est apparu essentiel qu’ils puissent entreprendre ou poursuivre un cursus de formation au sein de notre institution», explique Mathieu Crettenand, responsable du programme Horizon académique et adjoint au rectorat de l’Université de Genève. S’adressant aux personnes détentrices des permis N, F ou B réfugié, ayant déjà achevé un premier cycle universitaire ou ayant dû interrompre leurs études, ce programme constitue une année préparatoire en vue d’intégrer un cursus bachelor ou master. Depuis son lancement en 2016, une quarantaine d’étudiants ont déjà bénéficié de ce programme, à l’instar d’Abdulaziz Kharsa, jeune Syrien de 30 ans, diplômé en ingénierie aéronautique: «Grâce à Horizon académique, j’ai pu intégrer la faculté d’économie et de management (GSEM) à l’Université de Genève. J’ai étudié avec beaucoup d’assiduité. Ce n’était pas facile au début, mais j’ai réussi les examens et je vais bientôt terminer mon master en management», se félicite-t-il dans un français impeccable. Désormais intégré à la Business School de l’Université d’Exeter (GB) pour un semestre d’Erasmus, ce jeune homme qui ne manque pas d’ambition se réjouit de mettre bientôt ses nouvelles compétences au service de son pays d’accueil. «Nous estimons que 90% des réfugiés actuellement sur sol helvétique resteront en Suisse. Si nous voulons qu’ils contribuent à la prospérité du pays, nous avons tout intérêt à leur faciliter l’accès à la formation», insiste Metin Turker.

Intégration dans l’économie

Loin de se limiter au secteur public, Horizon académique a créé des ponts avec le secteur privé, concrétisés sous la forme d’un partenariat avec l’Alliance All4Youth. Fondée en 2014 par Nestlé et regroupant des grandes entreprises et des multinationales, parmi lesquelles Amag, Firmenich ou encore Ernst & Young, l’Alliance a pour objectif d’endiguer le chômage des jeunes diplômés en Europe. C’est dans ce cadre qu’en novembre dernier, une soixantaine de réfugiés se sont rendus au siège de Nestlé, à Vevey, pour une journée intitulée «Boost your employability». Au programme: des conférences sur le marché de l’emploi en Suisse, la situation de la migration et des témoignages de réfugiés. «Il était primordial pour nous de donner la parole à ces jeunes, afin qu’ils puissent s’exprimer sur leur expérience en Suisse», témoigne Sarah Ebiner, coordinatrice du projet et Recruitment Partner chez Nestlé SA. Des ateliers thématiques étaient également proposés par des responsables RH en vue d’aider les étudiants dans l’élaboration d’un CV,^d’une lettre de motivation et dans la préparation d’entretiens d’embauche. «J’ai beaucoup appris lors de cette journée et les ateliers m’ont particulièrement aidé, assure Abdulaziz Kharsa. Je me sens dorénavant plus aguerri pour rechercher un emploi et j’ai même pu ajouter certains contacts professionnels sur mon réseau LinkedIn.» A la suite de cette première expérience, l’Alliance projette d’autres actions concrètes, telles que des visites d’entreprises, un accès privilégié à des offres de stage ou des places d’apprentissage, notamment dans le domaine technique. Et Sarah Salzmann, project manager Nestlé et responsable en Suisse de l’initiative pour la jeunesse, de conclure: «Toutes les entreprises partenaires se sentent investies d’une responsabilité sociale pour aider ces populations. Nous sommes convaincus que l’investissement  du secteur privé est l’une des clés d’une intégration professionnelle réussie.»

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