«Lorsque j’ai commencé mes études d’agronomie, c’était avec l’idée de travailler dans la coopération au développement.» L’engagement de Lucas Luisoni a clairement influencé ses choix de formation. Et son parcours, qui l’a conduit à travailler en Afrique et en Amérique centrale, n’a pas démenti ses intentions. Âgé aujourd’hui de 55 ans, Lucas Luisoni a toujours le feu sacré. A côté de son activité d’enseignement au sein de la filière agronomie de la Haute école du paysage, d’ingénierie et d’architecture (HEPIA) de Genève, il exerce comme consultant dans une société baptisée «Donner du sens». Tout un programme, encore trop souvent battu en brèche par le manque de reconnaissance professionnelle de l’activité humanitaire. «On vous dit «vous avez perdu cinq ans par rapport à une carrière locale» lorsque vous revenez pour vous insérer dans le marché du travail», explique-t-il. Et pourtant, le travail dans les pays en développement, outre le fait qu’il constitue un bon moyen d’apprendre une langue en immersion, apporte une expérience incomparable d’intégration dans des environnements et des mandats très différents.
Engagement et projet de vie
C’est dans cet esprit que Nicolas Freyre est parti travailler au Népal pour un projet d’agriculture biologique dans une ferme de montagne. Titulaire d’une maturité gymnasiale, il devait impérativement effectuer un stage pratique pour être admis à la filière agronomie de l’HEPIA. «J’ai trouvé ce stage grâce au site www.wwoof.fr, qui permet de voyager en travaillant dans le domaine de l’agriculture biologique», explique cet ingénieur qui a complété sa formation par un master à l’Institut universitaire d’études du développement. Pour Nicolas Freyre qui, parallèlement à ses activités d’assistant de recherche, s’installe actuellement dans une ferme en France voisine pour y pratiquer l’agriculture biologique, «[son] engagement humanitaire a été déterminant dans l’élaboration de [son] projet de vie.» Quand on pense humanitaire, on pense trop souvent urgence et donc problèmes de santé, de réfugiés, de logistique. «L’ingénieur agronome va plutôt aider les gens à acquérir ou développer leur autonomie alimentaire, en s’appuyant notamment sur les valeurs de l’agriculture de proximité», conclut Lucas Luisoni.
L’humanitaire sans voyager
L’engagement en faveur de régions défavorisées n’implique pas forcément de voyager dans les pays aidés. «Terre des hommes Suisse n’emploie pas d’expatriés et ne fait pas de mission d’urgence sauf accidentellement, quand l’urgence survient là où nous menons déjà des projets, comme en Haïti où en Inde au moment du tsunami de 2004», explique Norberto Durães, responsable des ressources humaines. Le travail de l’organisation, qui se consacre à l’enfance, consiste à soutenir des initiatives locales en les aidant financièrement et en coordonnant des échanges. Terre des hommes Suisse occupe quatorze personnes à Genève. Pour les recruter, l’organisation favorise les personnes qui ont d’autres expériences et des compétences particulières. «Pour organiser nos manifestations comme la Marche de l’espoir, nous faisons appel à des gens qui connaissent l’événementiel; pour la coordination de zone, des gens ayant été actifs dans la coopération; pour l’informatique, des spécialistes qui, en plus, connaissent le fonctionnement des ONG», décrit Norberto Durães. En plus de ces professionnel-le-s, des stagiaires et des civilistes sont aussi mis à contribution, ainsi que de nombreux bénévoles. «Pour travailler dans un tel environnement, en plus des compétences, nous demandons à nos employés une grande motivation et une certaine militance.»