Aux premières loges… des coulisses

Bernard Héritier est cintrier à la Comédie de Genève. Il règne sur les cintres, ces grandes barres métalliques horizontales disposées au-dessus de la scène, auxquelles sont accrochés les éléments de décor que l’on fait monter et descendre au moyen de filins et de contrepoids. Celui que tout le monde appelle Babar est le machiniste de théâtre affecté à cette manœuvre.

Babar est tombé dans la marmite de la scène il y a près de trente-cinq ans. Fils d’un mécanicien, il prépare une maturité latine, puis fréquente l’université sans trop d’assiduité et vit de petits boulots. «Un copain qui étudiait au Conservatoire m’a fait entrer au Poche. J’ai commencé par déchirer les tickets, je me suis occupé du vestiaire, j’ai aidé à démonter le décor.» De fil en aiguille, Babar ne fera bientôt plus que ça et trouvera un poste fixe à la Comédie.

Boîte à idées

«Je ne suis ni un manuel, ni un intello, je suis un peu un pont entre les deux, un peu bricoleur, un peu ingénieur.» Le travail des techniciens de théâtre se caractérise par des périodes d’investissement intense et des moments de moindre tension. «J’aime être la boîte à idées, celui qui arrive à rendre réalisable les rêves des fous que devraient être les décorateurs.» Aux yeux du cintrier, pour bien pratiquer ce métier, il faudrait avoir plusieurs CFC. Mais il faut aussi savoir ne pas faire les choses dans les règles de l’art, être capable de s’adapter pour trouver des solutions: «Je suis un créatif, pas un créateur, parce que je n’aime pas partir de zéro», explique Babar.

Dans les cintres, Bernard Héritier se sent comme un aviateur au-dessus du champ de bataille, qui a l’œil sur l’ensemble. Pour devenir technicien de théâtre il faut être «mu par la curiosité et l’imagination», assure Babar qui estime exercer un des derniers métiers artisanaux avec la chance de ne pas être soumis à la pression de la rentabilité. Avec la conviction la conviction d’être un peu privilégié au sein du monde culturel: «Nous sommes comme une espèce en voie de disparition dans une réserve.»