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A l’Institut littéraire suisse à Bienne, écrire, c’est tout un art

Romands et Alémaniques partagent une passion commune pour l’écriture au sein d’un cursus HES commun, unique en Suisse

Iris Mizrahi

Peut-on rêver d’un lieu plus propice à l’écriture? Cernée de verdure, une maison de maître à l’atmosphère cosy sert de cadre à l’Institut littéraire suisse, sis au coeur de la ville de Bienne. Rattaché à la Haute Ecole d’art de Berne (HKB), l’institut propose un bachelor en écriture littéraire unique en Suisse, dont bénéficient à chaque volée une quinzaine d’élus francophones et germanophones, les études pouvant être suivies dans l’une ou l’autre langue. «Le processus d’admission est exigeant (ndlr: lire aussi l’encadré). Il permet de s’assurer de la motivation des candidats et de l’adéquation des projets littéraires pour un cycle d’études de trois ans, précise Marie Caffari, responsable de la filière. Lors de la sélection, nous cherchons chez nos futurs étudiants une plume déjà empreinte de qualités littéraires, une tonalité personnelle, un rapport conscient à la langue et au travail du texte. L’écriture et l’envie d’échanger doivent être au coeur de leurs préoccupations.»

Ecrivains en devenir

Le cursus se décline en quatre modules. Le principal est consacré au développement de la pratique artistique, sous la supervision d’un écrivain mentor actif sur la scène littéraire suisse. Ateliers d’écriture, travail expérimental sur différents types de textes, pratique de la réflexion sur la littérature contemporaine et projets de transdisciplinarité avec des étudiants de diverses filières de la HKB constituent les autres volets de la formation. «On arrive ici avec une idée de l’écriture un peu biaisée ou naïve», confie Thomas Flahaut, récemment diplômé. A l’institut, le jeune auteur épris de philosophie et de poésie s’est confronté à d’autres genres littéraires, a exploré des territoires d’écriture et s’est découvert un intérêt pour la narration. «Je suis arrivé au roman pas à pas, influencé par les échanges entre les étudiants et les enseignants autour de la forme du récit. L’exercice intensif de l’écriture nous rend prompts au travail et nous contraint à être plus exigeants avec
nous-mêmes. On apprend à réécrire encore et encore. On professionnalise l’écriture.» A l’instar de plusieurs anciens étudiants, Thomas Flahaut vient de publier un premier roman au sortir de son bachelor. «Le travail d’écriture est pris au sérieux, ponctue Marie Caffari. Ce n’est pas juste un jet passionnel, mais un geste qui relève d’une pratique. On accompagne, on soutient, on critique, on offre un miroir au texte, un espace intermédiaire privilégié, une première zone d’extériorité. Notre objectif est de donner à nos étudiants les outils pour devenir écrivain.»

Emulations créatives

Venues des quatre coins de la Suisse romande, Camille Leyvraz, Anaïs Sancha et Sarah Benninghoff, étudiantes de première année, apprécient la confrontation bienveillante et l’émulation au contact d’autres auteurs. «Les critiques sont constructives. Le regard des autres nous améliore, témoignent-elles de concert. Grâce à notre mentor, on est aussi très viteplongé dans un travail d’écriture conséquent.» Malgré sa dyslexie, Sarah s’affirme à travers son choix d’études et s’épanouit dans la pratique de l’écriture au quotidien. «Lors d’un atelier consacré à l’exploration de scènes narratives autour d’une table, nous avons écrit un texte en une demi-heure, sur le thème du bocal de confiture. Ces contraintes nous obligent à nous lancer, illustre-t-elle. Les textes sont ensuitelus et commentés. On découvre alors des styles très différents.» Guère plus d’une douzaine d’heures de cours hebdomadaires sont imposées, car l’écriture requiert du temps. Aussi, les étudiants organisent-ils de manière autonome leur travail, rythmé toutefois par des rencontres régulières avec leur mentor. Une thèse de bachelor, généralement présentée sous forme de texte publiable, couronne la fin du cursus. En attendant de vivre de leur art, les diplômés rejoignent parfois les domaines de la médiation littéraire, de l’édition ou encore de la critique culturelle. Des études de Master in Contemporary Arts Practice à la HKB en écriture ou traduction littéraire, ou en littérature à l’Université de Lausanne, s’ouvrent également à eux.

A l’Institut littéraire suisse à Bienne, écrire, c’est tout un art