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Éviter la récidive est au coeur de la mission des agents de détention

Entre rigueur et bienveillance, les gardiens de prison accompagnent les détenus vers la réinsertion

Regula Eckert

Elle est de celles qui ne s’en laissent pas conter, conjuguant l’art du dialogue avec l’exercice de l’autorité. Laura est agente de détention à la prison de Champ-Dollon, établissement historique du système pénitentiaire genevois. Elle y arpente les couloirs depuis sept ans, tant dans le secteur des hommes que dans celui des femmes. Sa mission consiste à assurer la sécurité et le maintien de l’ordre, tout en encadrant et accompagnant les détenus sur le chemin de la réinsertion. Ses tâches se partagent entre des journées cellulaires consacrées à la gestion de la vie quotidienne sur un étage et des journées dites administratives consacrées à la surveillance des parloirs, des promenades, ainsi que des conduites internes en consultation médico-sociales ou judiciaires.

Voir plus loin

«La finalité de notre mission est le retour des détenus dans la société sans récidive. Les agents de détention en sont les chevilles ouvrières», souligne Laurent Forestier, directeur de la communication de l’Office cantonal de la détention. Tout au long de leur parcours carcéral, des activités de préparation à la sortie sont mises sur pied selon les besoins spécifiques des personnes écrouées, telles que des formations intra-muros ou à distance, des ateliers de méditation en pleine conscience, des médiations carcérales ou l’accompagnement des relations avec la famille. Au coeur de ce réseau d’actions, les agents de détention sont également les interlocuteurs privilégiés des différents intervenants, internes ou externes. «Avec l’enfermement commence un travail personnel visant à se défaire du comportement délictueux et poser les jalons d’un avenir meilleur», estime Laura qui ne ménage pas ses efforts pour encourager les détenus à suivre ces démarches structurantes et valorisantes. Côtoyer des détenus quotidiennement crée des liens. «Les femmes se confient davantage, surtout lorsque des difficultés familiales compliquent encore la situation», relève Laura, qui leur apporte aide et conseil selon sa disponibilité, notamment dans la rédaction de lettres. Attentive au bon déroulement de leur peine, elle en explique les modalités sans fausses promesses, détaille le règlement de la prison et renseigne sur les ateliers. Et lorsqu’elle conduit des détenues à la salle de gym, cette sportive polyvalente, par ailleurs jeune maman, s’entraîne en leur compagnie.

Fermeté et sollicitude

«Qualités humaines et aptitudes relationnelles forment la trame d’un savoir-faire tout en nuances, entre la rigueur qui découle des exigences sécuritaires et la bienveillance nécessaire au bon déroulement de la vie carcérale, relève Philippe Haussauer, gardien chef principal. Ces représentants de l’autorité de l’État se doivent d’adopter une attitude exemplaire, calme, objective et impartiale avec les personnes incarcérées, quel que soit leur crime ou erreur dans un parcours de vie, tout en faisant preuve de patience et de flexibilité à l’égard de détenus d’origines très diverses.» Dans une prison, les tensions sont inévitables. Une vigilance de chaque instant est de mise pour anticiper des comportements problématiques. «Des gestes mesurés, une logique de réponse et des techniques de communication adaptés aux circonstances suffisent la plupart du temps à neutraliser des conflits entre détenus et apaiser des frustrations», poursuit l’expert. Les gardiens ne sont pas armés, mais dotés d’un dispositif mobile d’alarme. Travaillant en binômes ou en équipes, ils sont toujours prêts à s’épauler les uns les autres. L’esprit de corps qui les habite leur permet de venir à bout des situations les plus difficiles.

À l’école de la prison

L’accès à l’école genevoise de formation des agents et agentes de détention est régi par une procédure de sélection rigoureuse: examen de français, tests d’aptitudes physiques et psychotechniques, entretiens, journée en immersion, puis examen médical et enquête de moralité pour les candidats retenus. «La formation complète dure trois ans. Elle se déroule selon une alternance de stages pratiques dans les divers types d’établissements pénitentiaires et de blocs théoriques sur l’univers carcéral, la sécurité, la prise en charge des détenus, la communication, les techniques et tactiques d’intervention, la psychologie, le droit. Au terme d’une première étape qui débouche sur un certificat cantonal, les agents de détention poursuivent leur cursus auprès du Centre suisse de compétences en matière d’exécution des sanctions pénales (CSCSP) à Fribourg. Cette seconde étape aboutit à l’examen du brevet fédéral d’agent(e) de détention», détaille Chantal Sarmiento, responsable recrutement et formation de l’OCD. «Cette formation globale favorise la mobilité professionnelle et offre des perspectives de carrière motivantes dans les sept établissements du canton», insiste Laurent Forestier, qui présage d’une augmentation des besoins en personnel, en raison de la future prison des Dardelles et de la mise en oeuvre élargie du concept de réinsertion.

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