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Installateur sanitaire, un métier à la pointe de la technologie

Bien que florissant, le secteur peine à former sa relève faute de candidats adéquats. Coup de projecteur sur un métier aux multiples facettes

Iris Mizrahi

Assis derrière sa table de recruteur, François-Xavier Zimmermann, formateur chez Troger SA, espère rencontrer quelques bons candidats à l’apprentissage d’installateur sanitaire. Nous sommes au début mars. Le Printemps de l’apprentissage bat son plein au Pavillon Sicli, à Genève. Des centaines de jeunes affluent. Tous cherchent une place de formation. Mais très peu postuleront chez lui. Pourquoi un tel désamour?

Image plombante

«Dans l’imagerie populaire, l’installateur sanitaire est encore trop souvent réduit au plombier déboucheur de toilettes, regrette le formateur. Alors qu’il s’agit au contraire d’une profession fort complexe et jamais monotone.» De la pose des fondations (adduction d’eau sur le réseau des SIG, incorporation pour l’évacuation, distribution verticale) à celle des parties apparentes (appareils en céramique et robinetterie), l’installation sanitaire est le seul corps de métier actif du début à la fin d’un chantier. En constante progression, la technicité de la profession se développe en particulier dans la gestion des énergies renouvelables et des nouveaux matériaux. «Nous sommes à la pointe de la technologie, mais il est aussi important de conserver certaines méthodes de travail traditionnelles car nous intervenons aussi dans la rénovation, poursuit François-Xavier Zimmermann. Nous pratiquons en effet un artisanat au sens noble: il faut connaître les techniques et les matériaux posés il y a cinquante ans et être capable de s’adapter aux champs multiples de nos interventions.» Pratique de la soudure surplomb, brasage (soudure sur alliage) ou encore cintrage (donner une forme particulière à un tube métallique) font ainsi toujours partie de la formation. Une des raisons pour lesquelles celle-ci se déroulera, dès la rentrée 2020, en quatre ans au lieu de trois. Deux années supplémentaires permettent déjà aux jeunes professionnels d’accéder au CFC de projeteur en technique du bâtiment-sanitaire.

Un bon tuyau

Apprenti en 2e année, Taulent Aksaray admet avoir découvert le métier après quelques années de tâtonnement: «J’ai commencé un apprentissage dans le chauffage, mais j’ai voulu changer. Un travail monotone? Non merci!, s’exclame le jeune homme. J’aime toucher à plusieurs choses. Avec l’installation sanitaire, j’ai fait un vrai choix même si j’ignorais au départ que c’était si vaste et tellement au-delà des clichés.» Supervisé sur chaque chantier par un contremaître attitré, l’apprenti avance sereinement vers son CFC: «Quand on n’est pas intéressé, on a de mauvaises notes. Aujourd’hui, à 22 ans, j’ai pris conscience de ce que je veux et j’ai de bons résultats, constate Taulent. C’est important d’être bien suivi. J’apprends les normes, le travail bien fait et je suis sûr d’être engagé une fois diplômé.»

«100% de travail»

Lorsque Paul Ségur reprend l’entreprise Troger SA en 2011, c’est une PME de plus de 80 employés bénéficiant d’une bonne visibilité qu’il a à coeur de développer, notamment vis-à-vis des jeunes, via les réseaux sociaux. «Une entreprise doit communiquer et garder une belle image. Notre métier c’est l’eau, l’hygiène, la technicité, l’écologie. On doit évoluer avec son temps et l’apprentissage, c’est l’avenir de l’entreprise. On n’est pas près de nous remplacer par des machines», assure le patron.«Tous les jeunes formés trouvent un emploi. Et ceux qui ont des compétences plus élevées évoluent, enchérit François-Xavier Zimmermann. Par ailleurs, on n’emploie pas que de grands costauds. L’apprentissage est aussi ouvert aux filles, souvent excellentes lorsqu’elles s’intéressent aux métiers de la construction et de la technique.»

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