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L’agriculture romande étend son offre en matière de formation au «bio»

Une option spécifique dans ce domaine sera offerte prochainement aux apprentis romands

Laurie Josserand

En Suisse romande, le «bio» fait son chemin. S’il s’agit pour certains de replonger aux origines de l’agriculture, la majorité des paysans adeptes du «bio» concilient continuité et changement, héritage et innovation. C’est également le cas dans la formation professionnelle initiale, qui s’apprête à tracer un nouveau sillon en la matière. «Dès la rentrée de 2019, Agrilogie, l’école d’agriculture du canton de Vaud, renforcera son offre de formation en ouvrant une option spécifique «bio» offerte aux apprentis agriculteurs de troisième année, la 3BIO», explique Christian Pidoux, directeur de l’école et instigateur de ce projet. Pour obtenir un CFC d’agriculteur orientation «bio», il faudra ainsi effectuer la moitié de son cursus pratique dans une exploitation «bio» et suivre 880 périodes d’enseignement consacrés aux particularités de ce type d’agriculture dans une classe séparée à Agrilogie. «Il s’agit d’insuffler une nouvelle dynamique, poursuit Christian Pidoux. Des visites d’exploitations seront organisées. Des cours dispensés par des ingénieurs agronomes investis dans des fermes «bio» sont prévus, tout comme un travail marketing en lien avec la Foire agricole Bio 2020. Ces spécificités viennent compléter l’offre dispensée actuellement en Suisse romande, qui comprend 120 périodes proposées conjointement par les instituts de formation des cantons de Fribourg, du Jura, de Neuchâtel, du Valais et de Vaud. Les jeunes passent une semaine dans chaque établissement, ce qui leur permet d’acquérir des connaissances spécifiques à chaque terroir.»

Diversité, mélange, rotation

Pour Nicolas Heuberger, agriculteur de 25 ans installé à Signy (VD) et titulaire d’une maîtrise fédérale, «proposer une telle formation élargit la palette des compétences des jeunes professionnels. C’est très positif de se former aux techniques du «bio» dès le CFC quand on est porteur de telles convictions. Néanmoins, le principal enjeu est de se diversifier pour s’en sortir et vivre de notre labeur. C’est pour cela que nous nous émancipons des circuits classiques en proposant d’autres
solutions comme la vente directe à la ferme.» Bercées par les airs de bise et sous la coupe imposante du Salève pousse toute une pléiade de légumineuses, de céréales, de plantes sauvages. Ces grandes cultures sont le fruit du travail de Jean-Pierre Jaussi. Devenir agriculteur n’était pas sa vocation première. C’est un concours de circonstances qui lui a fait remplacer sa casquette de sonorisateur par celle de paysan. Reconverti en «bio» depuis quatre ans (comme c’est le cas pour 12% des exploitants suisses), il a acquis ses connaissances grâce aux formations continues données par des techniciens du «bio», concrètes et proches de la pratique. Dans son domaine de 19 hectares à La Croix-de-Rozon (GE), le néo-agriculteur privilégie la diversité et le mélange des variétés: épis de blé et coquelicots, lupins associés à l’avoine. «L’association de cultures est très bénéfique, explique Jean-Pierre Jaussi. Ici, le lupin va profiter d’un tuteur naturel, l’avoine. En plus, mélanger des plants de culture aux vertus complémentaires permet de protéger le sol, de lui apporter des nutriments, d’aérer la terre grâce à la présence de multiples racines et ainsi de favoriser la biodiversité et d’améliorer la fertilité du sol.» La rotation des cultures est également essentielle. L’an prochain, la très confidentielle féverole, plante fourragère de la famille des légumineuses, laissera ainsi sa place à du blé.

Un réel investissement

Se reconvertir dans le «bio» n’est toutefois pas une sinécure: des cahiers des charges stricts régissent l’activité du paysan. Il est notamment obligatoire d’alterner au moins quatre cultures, de laisser 20% des terres non valorisées dans le cas des fermes sans bétail. Ce qui peut être considéré par certains comme un manque à gagner est un bénéfice pour d’autres, à l’instar de Jean-Pierre Jaussi. Ce dernier estime que c’est remettre le compteur à zéro. «Semer une prairie artificielle permet de gérer les mauvaises herbes. Mettre une terre en jachère florale ou laisser des bandes tampons pour pollinisateurs favorise le développement d’auxiliaires comme les coccinelles qui m’aident pour les autres cultures. Et elles permettent le retour de la flore (vipérine, centaurée, par exemple) et de la faune endémiques: lièvres, rougequeue, papillons, abeilles, etc.» D’un point de vue plus terre à terre, les lois du marché sont exigeantes pour les producteurs et des contributions financières leur sont versées durant les deux ans de reconversion au «bio» pour aider à couvrir leurs investissements: machines adaptées, semences agréées, mise en place de jachères florales, etc. «Même si nous passons plus de temps sur
l’exploitation et sommes soumis aux aléas climatiques de plus en plus extrêmes, c’est très enrichissant de voir la biodiversité s’installer ou revenir, poursuit l’agriculteur. Mettre en place cette jachère m’a aussi permis d’accueillir une apicultrice, Stéphanie Vuadens, qui partage les mêmes valeurs.»

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