Cybermag / A la une / Le Prix genevois de l’artisanat 2018 à un carrossier garnisseur

Le Prix genevois de l’artisanat 2018 à un carrossier garnisseur

Trajectoire d’un artisan qui redonne du lustre à de vieilles cylindrées mythiques

Laurie Josserand

Niché dans son atelier confidentiel de la Pallanterie, Thierry Painset, patron de Découverte SA et garnisseur automobile de son état, a pignon sur rue dans le milieu peu banal de la restauration de véhicules d’exception. Son savoir-faire n’a pas échappé au jury du Prix de l’artisanat genevois. Le 16 mai, Thierry Painset est devenu le 27e lauréat de cette fameuse récompense, décernée par l’Association des communes genevoises.

Piloter la machine à coudre

Ses doigts de fée redonnent vie à chaque élément d’une automobile de prestige: sièges, tableaux de bord et tapis sont rénovés dans des matériaux surprenants ou plus courants. Au volant de sa machine à coudre, cuir, tissu, skaï, toile enduite, crin, mousse se métamorphosent pour prendre la forme de sièges ou de capotes. La liste de ses restaurations a de quoi faire pâlir tout amateur de limousines ou de supercars: Rolls-Royce, Fiat 519, De Tomaso Mangusta, Porsche 912 ou encore AC Cobra. Thierry Painset travaille toujours sur mesure pour des collectionneurs ou des particuliers, véritables partenaires dans la démarche de restauration. «Depuis les années 1990, ma clientèle s’est surtout développée par le bouche-à-oreille, précise le lauréat. Les mandats peuvent aller de la réfection d’une banquette à la renaissance d’un véhicule: carrosserie, garnissage, mécanique. Il s’agit de se réinventer à chaque fois, d’être curieux de découvrir de nouvelles techniques et de retrouver le geste d’antan pour que le client ait l’impression que sa voiture sort de l’usine de l’époque.»

Des formations diverses

Thierry Painset a commencé sa carrière par une formation de maroquinier chez les Compagnons du Devoir à Paris, Lyon et Strasbourg, où il apprend les rudiments de la confection et les techniques de travail du cuir. Il poursuit ensuite par un apprentissage de sellier-garnisseur, puis fait ses premières gammes dans un bureau d’études où il étoffe sa palette de connaissances en confectionnant des intérieurs de prototypes. Il s’installe en Suisse pour collaborer chez Carugati, à Plan-les-Ouates, avant de se mettre à son compte. «Il faut savoir s’entourer de bons professionnels pour apprendre un métier, précise- t-il. Et il faut également du temps pour trouver les bonnes matières premières, acquérir les techniques et fournir ainsi à ses clients un travail de qualité.» L’artisan a lui-même été formateur et à toujours à coeur de transmettre son savoir-faire: «Mais il faut que toutes les conditions soient réunies (motivation du jeune, carnet de commandes, etc.), ce qui n’est pas le cas en ce moment.» Au fil du temps, Thierry Painset n’a donc pas hésité à apprivoiser les habiletés d’un tapissier décorateur, d’un bourrelier, d’un carrossier-tôlier et, plus surprenant, d’un recherchiste. «Je ne compte pas mes heures, le soir, je fouine dans les éclatés (catalogues des marques répertoriant pièces d’origine et plans de montage), je surfe sur Internet pour dégoter le bon tissu ou la vis d’origine. La passion et la curiosité me poussent à ne jamais me contenter de ce que je sais.»

Passion en pièces détachées

Il lui faut donc de la patience pour dégoter le bon produit, comprendre comment fabriquer tel siège ou monter telle structure. «La Fiat 519 des années 1920 est une des voitures haut de gamme qui m’a donné le plus de fil à retordre, commente l’artisan. J’ai créé de toutes pièces l’armature de la capote: fabrication des cadres en laiton, des charnières, etc.» Vu la rareté des matériaux, l’artisan a rarement le droit à l’erreur. Réaliser des côtes melon dans un tissu pied-de-poule vintage ou capitonner un siège avec un cuir à tannage végétal quand on a mal calculé les volumes peut s’avérer plus qu’un manque à gagner, même si, avoue Thierry Painset, «toute activité artisanale comporte une bonne dose de prise de risque».

Le Prix genevois de l’artisanat 2018 à un carrossier garnisseur