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Les assistants en médecine vétérinaire pratiquent un métier caméléon

Leur palette d’activités va encore s’élargir avec l’introduction dans la formation des soins au bétail et aux chevaux

Martine Andrey

Il est 8 h 30 au cabinet vétérinaire des Pontets, au Grand-Lancy (Genève). Les assistantes en médecine vétérinaire (AMV) accueillent chiens,chats et rongeurs, qui vont être stérilisés et débarrassés de boules suspectes ou d’abcès purulents. La salle et le matériel opératoire sont prêts. Adriana De Passos Oliveira positionne l’animal, tond soigneusement et désinfecte l’endroit qui va être perfusé et incisé. Elle passe ensuite les instruments au vétérinaire, surveille la narcose et les paramètres vitaux du patient.«Les soins font partie de mes tâches préférées, explique la jeune femme qui vient d’obtenir son CFC.J’aime le traitement chirurgical des abcès, le nettoyage des plaies, la pose de cathéter pour les prises de sang ainsi que les injections.»Deux vétérinaires et trois AMV,dont une apprentie, s’activent dans les spacieux locaux du cabinet.

Les animaux et leurs maîtres

Les consultations et d’éventuelles urgences rythment la journée après les opérations. «C’est le meilleur moment pour se familiariser avec les clients et leurs compagnons», raconte Matteo Froebel, préapprenti AMV dans un cabinet vétérinaire à Nyon (VD). Car la dimension relationnelle est importante dans ce métier: «Je me souviens d’un labrador totalement stressé, continue-t-il. Je l’ai fait se coucher, je lui parlais et le caressais. Il s’est presque endormi durant l’examen.» De son côté, sa consoeur genevoise maîtrise en douceur les sujets craintifs ou rétifs en leur faisant d’abord sentir ses mains et en les récompensant. «Il est plus facile de faire passer une piqûre avec des croquettes et des câlins, confirme-t-elle. L’animal, content, ne gardera pas un mauvais souvenir. Il reviendra plus volontiers et ne laissera pas de phéromones d’alarme à ses congénères.» Entre deux consultations, les AMV s’occupent des opérés du matin, les rassurent, examinent leurs cicatrices, s’occupent de leurs pansements et leur donnent leurs médicaments. «Il y a des animaux auxquels on s’attache très vite et avec qui il est plus difficile de garder une distance, décrit la jeune professionnelle. Pourtant il ne faut pas se laisser submerger par l’émotion devant leurs propriétaires si on doit les euthanasier. Cela fait partie du métier.» Pour le jeune Vaudois, «il faut garder un bon moral face à des animaux mal en point. Cependant, il faut aussi accepter de ne rien pouvoir faire. Ma première euthanasie a été très dure et cela m’arrive encore d’être ému face à des clients qui pleurent.»

Travail d’équipe et autonomie

«C’est un travail varié mais intense, c’est pourquoi il est essentiel de faire partie d’une bonne équipe où l’on s’entend bien», reconnaît Adriana De Passos Oliveira. En plus d’effectuer des prélèvements sanguins, d’urine ou de selles pour les analyser (il faut pouvoir supporter la vue du sang et les mauvaises odeurs), les AMV doivent gérer les téléphones, les rendez-vous et les hospitalisations, déterminer les urgences, classer les dossiers, facturer, encaisser, conseiller les clients sur l’alimentation ou la manière de donner les médicaments à leurs animaux et assister le vétérinaire. Sans oublier les tâches d’entretien des locaux qui exigent nettoyage et désinfection après chaque traite-ment ou auscultation. Active sur tous ces fronts, la jeune professionnelle endosse aussi certaines responsabilités supplémentaires, telles que le contrôle des stocks de médicaments et d’aliments, les commandes et l’établissement de soumissions pour les fournisseurs. Elle s’occupe également de l’équipe et du suivi de l’apprentie avec le vétérinaire. «Il est important pour moi de pouvoir compter sur son travail, atteste son employeur, le docteur Ter Kuile. Comme toutes les assistantes en médecine vétérinaire, Adriana accomplit beaucoup de tâches de manière indépendante, ce qui me permet de me consacrer aux soins et aux consultations.»Matteo Froebel apprécie, lui aussi, d’être actif toute la journée et envisage avec plaisir sa future formation initiale. «Je n’attends pas pour nettoyer, faire l’inventaire des stocks ou aller tenir un animal en consultation, confie-t-il. Tout me plaît. Le contact avec les animaux,l’ambiance du cabinet et les relations avec les docteurs et les assis-tantes. J’espère commencer mon apprentissage l’été prochain. Comme j’assume déjà les tâches d’un apprenti de première année, j’imagine que les cours vont vrai-ment bien se passer.»

Soigner également les grands animaux

En Suisse, 40% des AMV travaillent dans des cabinets mixtes où petits et grands animaux sont traités. Dès 2020, la formation devrait s’enrichir d’une spécialisation pour les animaux de rente et les chevaux.Ainsi, les professionnels pourront, par exemple, assurer le suivi des plaies ou les soins aux onglons du bétail sous la supervision des vétérinaires. Selon la Commission suisse pour le développement professionnel et la qualité de la formationdes AMV, la version finale de l’ordonnance de formation professionnelle des AMV esten cours de rédaction. Elle sera ensuite discutée par l’OrTra et les autorités compétentes. Les AMV déjà qualifiés pourront compléter leur formation avec des modules ad hoc.

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