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Les travailleurs sociaux assurent le filet protecteur de notre société

Ces professionnels s’occupent des personnes fragiles. Leurs formations conjuguent pragmatisme et réflexion

Eliane Schneider

L’évolution des modes de vie engendre des problématiques humaines souvent nouvelles, inédites. La famille, la crèche, l’école, l’EMS, le centre d’accueil de migrants, les diverses institutions (sans oublier la rue) représentent autant d’espaces où la fragilisation sociale et personnelle de l’individu nécessite un lien humain, un soutien, un suivi.

Société en évolution

«Les tendances sociétales contemporaines provoquent de nouvelles pratiques professionnelles, précise Joëlle Libois, directrice de la Haute Ecole de travail social (HETS). Le travail social hors-murs, par exemple, se généralise. Les problématiques se diversifient: explosion de la pauvreté, isolement des familles, insertion socio-professionnelle des jeunes, médiation culturelle et interculturelle sous l’effet de la migration.» «La majorité des jeunes enfants résidant à Genève est prise en charge par une institution telle que crèche ou garderie», rappelle Renata Pegoraro, directrice ad interim de l’Ecole supérieure d’éducatrices et d’éducateurs de l’enfance (ESEDE). Le travail social constitue ainsi un élément de cohésion sociale. Dès lors, la qualité des prestations fournies dans ce domaine devient de première importance. La formation se révèle essentielle. Et l’employabilité est en plein essor. Les travailleurs sociaux peuvent, par exemple, pratiquer l’animation auprès des personnes âgées, soutenir des adolescents en rupture ou des adultes en situation précaire, agir avec tact interculturel auprès des migrants ou, plus inattendu, accueillir (par médiation culturelle) les publics des musées, etc. Les jeunes diplômés osent changer d’emploi, pour élargir leur gamme professionnelle.

Formation adéquate

Au premier échelon de la filière, le CFC d’assistant socio-éducatif (ASE) permet d’accéder à l’ESEDE. «Il ne suffit pas d’aimer les enfants pour devenir éducateur de l’enfance, martèle Renata Pegoraro. Il s’agit d’acquérir les connaissances nécessaires pour poser un regard critique, constructif sur ce qui est proposé aux enfants». L’entrée à la HETS est conditionnée à un titre de maturité professionnelle, spécialisée ou gymnasiale, moyennant un stage. Malgré ses trois orientations (éducation sociale, services sociaux et animation socioculturelle), le bachelor HES en travail social se veut généraliste. «Nos étudiants interviennent dans l’ensemble du champ social. Cela leur procure une mobilité tant professionnelle qu’en termes de poursuite d’études», lance Joëlle Libois.

Grande responsabilité

L’enfant est malléable. Et les effets des gestes, des paroles des éducateurs trouvent un réel écho dans les institutions de la petite enfance. «Je prends mes marques. Le travail d’équipe est stimulant et le contact avec les parents plutôt bienvenu pour cerner le développement de l’enfant », illustre Laura McIntosh, diplôme d’éducatrice de l’enfance en poche depuis quelques mois seulement. «Les parents nous prêtent une responsabilité élevée. Nous y répondons par notre professionnalisme, admet Renata Pegoraro, en nous dégageant de l’intuition maternelle, tout en étant dans le lien avec l’enfant et en acquérant une connaissance, une réflexion au-delà du geste».

Pouvoir d’agir

Pierre Prieto n’avait qu’une vision floue du métier en se lançant dans le bachelor en travail social. Aujourd’hui, sa posture professionnelle s’ancre dans la réalité. «Lors de mon stage avec des adultes en grande précarité, les outils utilisés en formation ont été indispensables: supervision, juste distance, valeurs telles que l’engagement, l’éthique. Sans oublier la connaissance, voire la protection de soi-même. Apporter des solutions standards n’avait pas de sens. Il a fallu inlassablement suivre, aider, pousser ces gens à devenir le plus autonome possible». Le paradigme est nouveau: les travailleurs sociaux parlent aujourd’hui d’inclusivité, d’empowerment. «Dans la société inclusive, il ne s’agit pas de formater les gens exclus, mais bien de laisser la place à chacun, avec ses différences, conclut Joëlle Libois. Nous travaillons avec des gens, avec leurs propres ressources et nous développons leur pouvoir d’agir en vue d’autonomie».

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