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Quand art et livres sont reliés

Métier rare mais indispensable, la reliure artisanale a de beaux jours devant elle, à condition de former la relève 

Iris Mizrahi

Derrière une forêt de documents judiciaires se cachent des livres d’art démesurés, des bibles aux cuirs rongés. Le trait d'union entre ces ouvrages disparates? La reliure. Truffé de tiroirs recelant tous les outils, tissus, colles et fils, poinçons et lettrines de plomb, l'atelier raconte à lui seul l'histoire d'un métier d'art devenu rare. 

Après avoir travaillé toute sa vie dans la reliure, d’abord artisanale puis industrielle, Charles Duch rachète en 2014 un atelier de reliure artisanale. «Pour me consacrer au métier que j’aime», glisse le passionné qui évolue dans un espace où se côtoient des presses manuelles en bois massif dont l’âge se compte en siècles et d’autres machines assistées par ordinateur.

Si les bibliothèques ou la Faculté des lettres de l’Université de Genève lui confient un volume de travail indispensable à sa survie, il réalise pour des clients privés des travaux autrement plus complexes. Restauration d’ouvrages anciens motivée par leur valeur sentimentale, reliure à l’aiguille de livres d’artistes illustrés d’aquarelles originales, chaque objet représente un défi, relevé depuis près de cinquante ans par un artisan convaincu de la néces- sité de transmettre son savoir-faire «afin que les clients soient satisfaits de la même façon.» Plus qu’un beau geste, la formation est une mission pour Charles Duch, lauréat du Prix de la meilleure entreprise formatrice du canton de Genève dans le pôle Art en 2019.

Former plus loin

«À l’époque, un bon ouvrier devait posséder de bonnes bases artisanales, même dans l’industrie», se souvient celui qui a formé cinq apprentis dont trois filles durant sa carrière. Mélanie Zehfus est sa dernière. Formée pendant quatre ans dans cet atelier aux mille facettes, elle est engagée par son formateur dès la réussite de son CFC. Et elle ne tarit pas d’éloges à son égard. «Manuelle et passionnée de l’objet livre, j’ai eu la chance de trouver un patron pédagogue et patient.» Aujourd’hui, c’est à elle que le patron confie les commandes importantes. La jeune femme vient d’entamer le brevet d’agente commerciale en imprimerie dans l’idée, un jour, de reprendre le flambeau de l’atelier et, à son tour, de former. 

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