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Quand la formation à l’âge adulte est contée

Valider son expérience professionnelle et obtenir un diplôme officiel exige motivation, organisation et un brin d’abnégation.

Laurie Josserand

Tête coiffée d’une charlotte, Isabelle Bencker gère depuis une quinzaine d’années les flux entrants ou sortants et les stocks à la chocolaterie Favarger. Vítor Alves, lui, pilote autolaveuses et autres monobrosses d’une main (gantée!) de maître et, surtout, une trentaine de collaborateurs au sein de la société Prestige Clean & Services, qu’il a créée en 2005. Leurs points communs? Des jobs de responsables, des carrières riches et variées, des rôles de parents, une volonté d’acier pour être toujours à la page et une motivation sans faille afin d’entreprendre, «malgré leur âge», une formation professionnelle initiale.

Chocs en stock

Afin de pouvoir former un apprenti, Isabelle s’est lancée, à 56 ans, dans un double cursus: en deux ans, elle va valider l’Attestation fédérale de formation professionnelle (AFP) et le Certificat fédéral de capacité (CFC) de logisticienne. Malgré un roman professionnel plus qu’étoffé, Isabelle a toujours réussi à jongler entre ses casquettes de pro, de mère, de grand-mère et d’étudiante. «Je ne conçois pas ma vie professionnelle sans perfectionnement», affirme-t-elle. Pour celle qui a validé un diplôme de gestion d’entreprise en cours du soir et a perfectionné son niveau d’anglais, se lancer dans un nouveau défi lui a paru tout à fait évident. «Pour former un jeune dans les règles de l’art, je dois être au bénéfice d’un titre reconnu, le fameux CFC! Et c’est toujours mieux considéré sur le marché du travail d’avoir un papier», explique-t-elle.

Ne jamais jeter l’éponge

Vítor est un entrepreneur épanoui qui saisit la balle au bond. À peine débarqué en Suisse, il entreprend une formation hôtelière à Davos. Il suit ensuite des cours de français le soir et, pour les financer, s’attèle à des activités d’entretien. Après des expériences dans la vente de prêt-à-porter ou le bâtiment, il monte sa petite entreprise de nettoyage. Quinze ans passent, c’est le moment de se jeter à l’eau et de suivre des cours préparant aux examens du CFC d’agent de propreté. «C’est une occasion, tant pour moi que pour mon entreprise, de pouvoir me lancer dans un cursus financé par le canton», s’enthousiasme-t-il. Dès le début de sa formation, Vítor met en pratique ce qu’il apprend: étiquetage des produits, rangement des camionnettes, dilutions précises, qui lui font réaliser des économies et optimisent la qualité de ses prestations. Le fait de mettre à jour ses compétences bénéficie aussi à ses collaborateurs, à qui il transmet ses nouvelles connaissances. «En plus, j’ai toujours voulu avoir un diplôme reconnu, pour montrer à mes quatre enfants que tout se mérite», poursuit-il. Car il n’est pas question, ni pour l’un ni pour l’autre, de lésiner sur les efforts en matière d’investissement personnel. À raison d’un cours par semaine pour les aspects de culture générale et d’une soirée pour les cours professionnels, sans oublier les révisions et les quelques week-ends pour les cours interentreprises dispensés par les associations professionnelles. «C’est intense, mais passionnant d’échanger entre pairs et professionnels aguerris, claironnent-ils. Maintenant, à nous de jouer pour valider nos diplômes!»

Obtenir un diplôme après 25 ans

«À Genève, nous avons la chance de proposer un système de qualification professionnelle destiné aux adultes financé par le Canton, explique Dao Nguyen, directrice du Service de la formation continue à l’Office pour l’orientation, la formation professionnelle et continue de Genève (OFPC). Chaque année, 700 personnes en bénéficient, pour autant qu’elles attestent de cinq ans d’expérience, dont au moins deux dans le métier à certifier, et qu’elles soient prêtent à concilier activité professionnelle, formation et vie de famille.» La première démarche consiste à se rendre à la Cité des métiers du Grand Genève pour s’informer auprès d’un conseiller en formation. Il examine le parcours du candidat et, selon les possibilités, propose le dispositif le plus adéquat par rapport aux options relatives à l’article 32: validation des acquis pour six métiers ou cours préparatoires pour les examens finals valables dans plus de 200 professions. 

Infos www.citedesmetiers.ch/ geneve, rubrique «Formation continue»

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