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Restaurer et conserver dans les règles de l’art

Ces activités font aussi partie intégrante des métiers d’art. Trois professionnelles du domaine ont récemment été primées 

Laurie Josserand

"Des personnes passionnées et passionnantes, qui détiennent le feu sacré de la création et exercent des métiers d'exception". C'est en ces termes que Thierry Hogan, secrétaire général de l’association Métiers d’art Suisse, définit les artisans d’art que son association défend et soutient. Dans la catégorie «Métiers d’art et patrimoine», son prix annuel a récompensé le travail de trois professionnelles de la conservation-restauration (voir le palmarès complet en encadré). La Jurassienne Amalitha Brutus et la Vaudoise Camille Vaschetto, restauratrices, se sont vu décerner les deux premiers prix, tandis que la Genevoise Emmanuelle Zem Rohner complétait le podium. Coup de projecteur sur cette spécialiste du trompe- l’œil.Une trajectoire professionnelle peut parfois tenir à un fil: une rencontre, un songe, un documentaire, une émission radio... Pour Emmanuelle Zem Rohner, ce furent les deux premiers. Avant de rencontrer celle qui la décidera à se former dans la peinture en décor, la jeune femme se voit bien transformer la matière. Un jour, elle rejoint sa mère architecte sur un chantier. Elle y fait la connaissance d’une professionnelle peignant des traits qui se métamorphosent en marbre. Sa voie est tracée.

Quand la couleur devient matière

 Comme l’apprentissage d’un tel métier ne s’improvise pas, elle part à Bruxelles. Direction l’école Van der Kelen, institution séculaire qui forme à la peinture de décors. Elle étoffe sa formation dans ces techniques à l’Institut national des métiers d’art à Avignon. Faux bois, faux marbre, grisailles n’ont bientôt plus de secrets pour elle. «Avec des traits sombres et clairs, on fait ressortir des textures, on arrive aussi à donner de la profondeur en jouant sur les couleurs: moins c’est vif, plus ça paraît lointain», s’enchante l’artisane.Ce que préfère cette droitière qui travaille de la main gauche? «Redonner leur fraîcheur aux cages d’escalier du début du XXe siècle, période Art nouveau. À cette époque, les entrées étaient parées de faux marbre, tout était chargé, décoré de fleurs. Leur redonner une fraîcheur est un trait d’union entre ces époques et me permet de cohabiter avec les gens de l’immeuble le temps de la rénovation, en discutant et en agrémentant leur quotidien.»Ce travail, à mi-chemin entre l’art et l’artisanat, requiert une bonne dose de talent esthétique, un brin d’abnégation – lorsqu’il faut «essayer, se remettre en question, refaire, s’adapter aux supports, gratter la peinture pour voir l’invisible» – et même une sacrée condition physique quand il s’agit de monter des échafaudages, de porter les bidons de peinture, d’œuvrer dans les courants d’air et par toutes les températures. Mais qu’importe, quand on aime ce que l’on fait... Mais au bout du compte, ce qu’Emmanuelle Zem Rohner apprécie plus que tout dans la reconstitution de décors, c’est de retrouver le geste du peintre qui a effectué le travail initial: «Il faut s’oublier, pour coller aux goûts de ce temps-là, adapter la couleur et se remettre dans la peau de l’artisan d’antan.» 

Formations de tous niveaux

Il existe une formation professionnelle initiale de peintre en décors de théâtre CFC de quatre ans. Acteur incontournable de la scénographie, le peintre en décors conjugue compétences artistiques, artisanales et logistique. Sa mission? Retranscrire l’univers dans lequel le réalisateur souhaite embarquer le spectateur. Cette profession assez confidentielle offre des places d’apprentissage en système dual, dans les théâtres, les studios de télévision ou de cinéma. Celles et ceux qui souhaitent embrasser une carrière dans la préservation du patrimoine ont la possibilité d’entamer le cursus de la HES-ARC qui propose un Bachelor of Arts HES-SO en conservation et un Master of Arts HES-SO en conservation-restauration. Les étudiants sont formés notamment à l’expertise technique des collections, au diagnostic et au conseil en conservation, ainsi qu’à la mise en place des conditions de conservation. 
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