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S’adapter à l’ère des machines intelligentes

Organisé par le CSFO, un séminaire a récemment abordé le thème des nouvelles technologies et leurs conséquences sur le marché du travail

Eliane Schneider

Le travail ne va pas disparaître: il va s’adapter», s’entendent José Ramirez et Philippe Dugerdil, professeurs à la Haute École de gestion de Genève (HEG), qui a accueilli, le 31 mai, le séminaire organisé par le Centre suisse de services Formation professionnelle, orientation professionnelle, universitaire et de carrière (CSFO). Pour tous les intervenants, l’humain s’est toujours ajusté aux performances des machines et de la technologie. Mais, aujourd’hui, comment se confronter à l’intelligence artificielle qui s’autoadapte? «Le marché du travail actuel privilégie clairement les compétences transversales, qui engendrent une pratique réflexive», explique José Ramirez. Il s’agit notamment de se servir d’outils de manière interactive (langage, technologie, etc.), d’interagir avec des groupes hétérogènes (travailler en équipe, coopérer, résoudre des conflits, etc.) et fonctionner de manière autonome (agir dans un contexte global, élaborer son projet de vie et défendre ses droits, ses intérêts, ses limites et ses besoins).

Nouvelles opportunités

Les technologies créent de nouvelles réalités dans lesquelles des opportunités émergent. Au début du 20ème siècle, l’apparition de la voiture a conduit de manière directe à la création de nouveaux métiers: pompiste, garagiste, constructeur de route, etc. Plus indirectement, elle a aussi contribué à réduire les distances et fait apparaître de nouveaux besoins: voyage, tourisme, hôtellerie-restauration, etc. «La prédiction avec l’intelligence artificielle est toutefois plus délicate, car les objets ont désormais la faculté d’apprendre et d’échanger entre eux autant qu’avec les humains», admet Philippe Dugerdil, professeur HEG. «Prenons l’exemple de notre Robo Advisor, qui permet de populariser la gestion de fortune, image Serge
Kassibrakis, de la direction de Swissquote. Le client détermine le risque auquel il pourra être soumis et l’algorithme lui permet de faire évoluer son patrimoine: la confiance est accordée tant à la machine qu’à l’humain qui la manipule. Le modèle hybride homme/machine a de beaux jours devant lui.»

«Micro-learning»

Dans le domaine du recrutement, Skillspotting propose également un algorithme qui compare les postes ouverts et le profil des candidats selon des critères de compétences et de comportements. «Le système traditionnel de CV et lettre de motivation, trop souvent source de frustration pour l’entreprise comme pour le candidat, sera bientôt révolu et remplacé par le management par les compétences», assure Nicolas Quoëx, co-fondateur de Skillspoting. Adaptabilité, agilité, résolution de situation complexe, esprit critique, créativité, collaboration seront dorénavant les aptitudes (techniques et sociales) à privilégier. «En multipliant les expériences, en travaillant dans des contextes différents, en apprenant les langues et en apprivoisant les techniques, les jeunes professionnels augmentent chaque jour leurs capacités d’adaptation et améliorent la plasticité de leur cerveau en pratiquant une forme de microlearning», expose Philippe Dugerdil, qui pourrait faire sienne la formule de Laurent Alexandre, auteur de «La Guerre des intelligences»: «Aux gens qui seront bousculés par le choc technologique, nous devons donner un droit à la formation tout au long de la vie et non des allocations à vie. Ce n’est pas le revenu qui doit être universel, mais le développement du cerveau.»

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