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Les agents de détention ne ménagent pas leur peine

«Je ne me voyais pas gardienne de prison. Et puis, j’ai appris qu’on recrutait à Champ-Dollon par un ami policier et je me suis dit «pourquoi pas». Lorsque le portail s’est ouvert pour la première fois, je ne savais pas que j’allais aimer ce métier. » Catalina ne s’est pas laissé enfermer dans les a priori. Avec son CFC de commerce et un penchant assumé pour le port de l’uniforme, elle intègre l’univers carcéral en 2010, dans la même volée que son collègue Fabrice. Comptable et vendeur de formation, il accède quant à lui à la profession après quelques années d’activité dans le domaine de la sécurité. Détenir la nationalité suisse, être au bénéfice d’un CFC, justifier d’un casier judiciaire vierge, d’une bonne santé et être âgé de 22 à 35 ans, telles sont les exigences élémentaires pour prétendre à un poste d’agent de détention. «Après dépouillement des candidatures, ceux qui remplissent les critères initiaux sont invités à une matinée d’information, explique Philippe Haussauer, sous-chef à Champ-Dollon. Chaque candidat est ensuite convoqué individuellement lors d’une journée d’immersion destinée à lui présenter toutes les facettes du métier et apprécier sa motivation et son comportement dans le milieu carcéral.» Les postulants sont alors évalués par le biais de tests psychologiques afin de s’assurer qu’ils sont aptes à la formation et possèdent l’efficience intellectuelle nécessaire à la réussite du Brevet fédéral d’agent de détention. Une visite médicale et une enquête de police viendront conclure le processus de sélection.

 Formation en alternance

La formation se décline en deux temps et lieux distincts. Les six premiers mois se déroulent à Genève avec, en alternance, la théorie (règlements, droit, psychologie, déontologie, connaissance des maladies transmissibles et des addictions) et la pratique dans différents établissements de détention. Une deuxième phase de formation se déroule à Fribourg, au Centre suisse de formation pour personnel pénitentiaire: elle consiste en quinze semaines d’études théoriques réparties sur deux ans, pour valider les compétences des futurs agents de détention. Ces derniers, moyennant la rédaction d’un mémoire et la réussite des examens, sont confirmés dans leur fonction. «Chaque collaborateur passe par une semaine de formation de base pour lutter contre le risque d’incendie, ce qui lui permet d’être intégré au sein du détachement incendie de Champ-Dollon», ajoute Philippe Haussauer. En 2011, 48 hommes et 9 femmes ont ainsi rejoint la prison du bon côté des barreaux.

 

Autorité et dialogue

«Au contact des détenus, on s’instruit sur toutes les cultures du monde. Ça nous permet aussi d’apprendre sur nous-mêmes», constate Fabrice. Leurs tâches se partagent entre les journées cellulaires et administratives. Douches, repas, gestion du courrier et bien-être des détenus à l’étage, pour les premières; promenades, entrées, sorties, parloir et tours de surveillance pour les secondes.
«Entre collègues, on est écouté et compris. Une vraie famille», assurent Catalina et Fabrice, dont la sérénité semble confirmer la justesse de leur choix professionnel. Tous deux s’accordent également sur les qualités humaines nécessaires à l’exercice de leur fonction. L’affirmation de soi, une certaine force psychique dotée d’une capacité d’écoute et un esprit d’équipe seraient le dénominateur commun à tout bon gardien. «Il faut pouvoir faire preuve d’autorité tout en étant humain, montrer de l’empathie sans pour autant s’apitoyer », souligne Philippe Haussauer. «Les confrontations sont plus rares en présence d’une femme, le rapport de force étant naturellement remplacé par le dialogue» relève Catalina. Et le sous-chef d’ajouter que «les gardiens ne sont pas armés. Notre meilleure arme est notre tête.»

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