Les microtechniques coulent dans les veines de l’industrie

Les applications biomédicales sont au coeur de la filière HES dispensée à Genève

Regula Eckert

Montres connectées, GPS, dispositifs médicaux, puces électroniques, capteurs: notre environnement technologique est truffé d’objets et de systèmes de haute précision. Les microtechniques génèrent en effet des applications dans de très nombreux domaines (horlogerie, santé, énergie, transports et ingénierie industrielle, notamment). Pas étonnant, dès lors, que des entreprises et laboratoires de pointe offrent aux ingénieurs en microtechnique d’intéressantes perspectives professionnelles.

Sciences de la miniaturisation

«Notre objectif est de former des ingénieurs capables de concevoir des composants, appareils et systèmes micromécaniques, électroniques ou optiques miniaturisés, puis de développer la technologie nécessaire à leur fabrication, explique Stéphane Bourquin, responsable de la filière microtechnique de la Haute Ecole du paysage, d’ingénierie et d’architecture (hepia) de Genève. La particularité des microtechniques est d’associer des compétences pluridisciplinaires pour créer des dispositifs précis et performants, ergonomiques et économiques.» En prise avec ce secteur en plein essor, les formations en microtechnique évoluent sans cesse. Les enseignements proposés par les Hautes écoles spécialisées varient selon
des options propres aux filières. Parmi elles, le cursus du bachelor HES en microtechnique d’hepia offre des spécialisations en horlogerie et matériaux, en conception électronique et en physique appliquée. Cette dernière dispense certaines compétences en radioprotection et applications médicales dans des laboratoires uniques en Suisse romande.

Formation à large spectre

L’ingénierie microtechnique exige une culture scientifique et technique étendue. C’est pourquoi cette formation de trois ans à plein temps est fondée sur des disciplines de base (mathématiques, physique, chimie, science des matériaux) et des disciplines spécifiques (micromécanique, systèmes électroniques, nanotechnologie, informatique, optique, acoustique, etc.). Sans oublier les outils de l’ingénieur (CAO et simulation), la communication et la gestion de projets. «D’importantes recherches appliquées sont menées dans les laboratoires de microtechnique d’hepia, en collaboration avec des partenaires industriels, institutionnels et académiques», relève Stéphane Bourquin, également professeur d’optique, mentionnant en autres les développements actuels de la réalité augmentée dans le domaine médical ou industriel et la fabrication de cellules photovoltaïques organiques. Conduits dans le cadre de mandats industriels par les professeurs de l’école, certains projets impliquent des étudiants durant leurs études.

Microscope embarqué

C’est le cas du travail de diplôme réalisé par Jeremy Laedermann pour le Laboratoire d’ingénierie tissulaire au Campus Biotech. Le jeune ingénieur a développé un système de visualisation de puits de cultures cellulaires par microcaméra, embarqué dans un incubateur, destiné à monitorer à distance les signes de vitalité ou de nécrose de tissus immergés dans un bain de substances présumées toxiques. «Ce prototype met en évidence la convergence des disciplines microtechniques, ajoute pour sa part Stéphane Bourquin. Le système développé fait autant appel à la mécanique pour le support de la caméra et le boîtier étanche, à l’électronique pour l’interface moteur, à l’optique pour les lentilles et le réglage du microscope, qu’à l’informatique pour la programmation du système de contrôle et l’interface utilisateur.» «La filière microtechnique m’est apparue comme une suite logique de ma formation d’électronicien», estime Jeremy Laedermann. Particulièrement motivé par les travaux concrets qui jalonnent le cursus, il s’est lancé dans le projet proposé par Luc Stoppini, professeur de bio-ingénierie et directeur du laboratoire. «Elaborer une solution sur mesure à la fois fiable et et à bas coût, avec des fonctionnalités adaptées aux paramètres de tests conduits par une équipe scientifique de neurobiologistes, physiciens et chimistes est un défi technique à la hauteur de ma satisfaction professionnelle», assuret-il.
Assistant de recherche HES, il planche actuellement sur un avatar de son dispositif optique, destiné à guider le micropositionnement de sondes implantées dans des neurosphères. Et se plaît à imaginer que les microtechniques, précieuses alliées des recherches biomédicales, pourraient bien contribuer à l’abandon de l’expérimentation animale.

Les microtechniques coulent dans les veines de l’industrie