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Les Journées européennes des métiers d’art honorent l’intelligence de la main, et de l’humain

Du 27 au 29 mars, des artisans de plusieurs cantons suisses déploient leur savoir-faire pour enchanter le grand public. Éclairage sur un duo genevois de sérigraphes.
(Copyright: Iris Mizrahi)

On peut parler de « match » parfait. Un patron, un apprenti, des passions partagées et la rencontre au bon moment. Paul-Loup Baxter Duchatel, jeune patron de l’Atelier Baxter Sérigraphie et son apprenti Tom Morattel, 22 ans, apprenti sérigraphe en 4ème année, évoluent ensemble entre les presses et les encres, produisant à petite échelle des produits sérigraphiés.

Des aventures en série

« Durant mon apprentissage, je réalisais des fanions de foot, des affiches de rue, rien de très stimulant, se souvient Paul-Loup. J’ai commencé à m’intéresser à mon activité quand j’ai compris son potentiel dans le milieu alternatif culturel que je fréquentais, quand des amis m’ont demandé de réaliser des t-shirts pour leur groupe. » Le jeune professionnel découvre alors un champ autrement plus créatif que l’impression d’affiches électorales. Il peaufine ses compétences techniques en travaillant quelque temps à Londres, dans une entreprise spécialisée dans le textile. À son retour à Genève, il cherche en vain une place de travail qui corresponde à sa philosophie.

La solution ? Devenir son propre patron. La période du Covid crée des opportunités que Paul-Loup saisit. « J’ai trouvé un espace avec un loyer abordable et acheté du matériel d’occasion. Issu de la génération des réseaux sociaux, j’ai réussi à me distinguer en étant plus actif sur les plateformes. » Moins de deux ans après la création de son entreprise, il rencontre Tom, un jeune qui se cherche un avenir, avec une vague inclination pour un métier artisanal et créatif. De stages en coups de main occasionnels, le courant passe si bien que le patron demande l’autorisation de former et engage Tom, son premier apprenti.

ADN punk

« Dans notre métier, on maîtrise tout : de l’idée à sa réalisation. Par exemple, pour notre groupe de musique, on imagine un logo, on travaille sur l’ordinateur et deux heures plus tard on produit un t-shirt, explique Paul-Loup. La sérigraphie c’est très « do it your self », une philosophie inscrite dans l’ADN alternatif du punk. Avec peu de moyens on peut réaliser quelque chose de concret. » Discuter avec les clients, comprendre leurs idées, les conseiller, privilégier la relation. Tels sont les leitmotivs de ces sérigraphes attachés à la valeur du travail à échelle humaine. « Je me bats pour garder ma petite structure, pour ne pas être contraint de produire en quantité », insiste le patron qui a débuté avec un carrousel manuel. Une machine automatisée aide désormais à la réalisation des impressions, mais l’activité reste résolument artisanale.

La menace de l’IA

Si de plus en plus de clients présentent des projets graphiques réalisés par l’IA, d’autres refusent la facilité et privilégient résolument l’intelligence humaine, en se tournant vers des artisans comme Paul-Loup et Tom. « On fait partie d’un réseau de professionnels qui travaillent avec leurs mains et leur tête. Graphistes, bédéistes, on œuvre tous ensemble, en réseau et solidaires. Heureusement que des entités comme la Ville de Genève et les festivals sont attentifs à ne pas utiliser l’IA dans leur communication visuelle », remarquent-ils.

Présence aux JEMA

Participer aux JEMA permet au tandem de présenter au grand public leur métier, encore méconnu. « En montrant comment un t-shirt est réalisé, on peut mieux comprendre la somme de travail derrière l’objet et la justification de son prix. Un t-shirt d’apparence simple est le fruit de plusieurs heures de recherches », précise Tom. Car derrière chaque sourire d’artisan, il y a des moments de pleurs, de dégoût, de résignation, de ratés. Des vagues à l’âme invisibles doublés du stress de l’erreur et de ses conséquences financières impactantes. Mais rien ne décourage les sérigraphes passionnés. « J’adore trouver des solutions, comprendre pourquoi ça ne marche pas, réessayer, être créatif dans la recherche, découvrir par accident », raconte Tom. « Il y a des milliers de façons et de techniques différentes, renchérit Paul-Loup. Dans le milieu de la sérigraphie, on partage sur des groupes et des podcasts. On est connecté avec le monde, on s’inspire, on échange des solutions à des problèmes et c’est sans fin. »

Création locale

La majorité des commandes de l’entreprise provient de Genève et ses environs. Marques Fairtrade et coton biologique sont privilégiés, tout comme l’utilisation d’encres écologiques à base d’eau. « On fait de notre mieux en concentrant notre activité sur le local, la culture et en s’éloignant autant que faire se peut de la production de masse publicitaire. Le sens est ultra important », concluent de concert les artisans.

Pour découvrir le programme complet des JEMA par canton :

https://metiersdart.ch/page-jema

SISP/IMI/12.03.2026

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