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Les métiers de la carrosserie veulent se défroisser

Plusieurs places d’apprentissage cherchent encore de jeunes preneurs. Coup de projecteur sur un secteur à l’avenir pourtant assuré. (Copyright: Iris Mizrahi – OFPC-SISP)

Il est 15 heures lorsque les ouvriers de la carrosserie Gillabert se dirigent vers le vestiaire, au pic d’un été caniculaire. Leur journée, commencée tôt, s’achève enfin et chacun salue au passage le patron, Philippe, et son épouse, Nathalie. Pour que vive leur métier, l’indissociable duo est déterminé à former une relève de qualité.

Une passion pour la tôle

«À l’époque, on choisissait ce métier parce qu’on était passionné. Pas seulement de voitures mais de tôlerie, se souvient Philippe Gillabert. On aimait redresser, repeindre, on n’avait pas peur de transpirer.» Également président de l’association professionnelle Carrosserie suisse Genève, il s’inquiète du déficit d’image du métier et du peu d’intérêt qu’il suscite chez les jeunes. Heureusement, son apprenti Evan Descombes, 16 ans, en troisième année de carrossier-peintre CFC, dément ce point de vue. «J’ai grandi au milieu des voitures et motos. Pendant les vacances, je faisais des stages chez mon père dans son entreprise de carrosserie. Au bout d’un moment, ça m’a donné envie», raconte celui qui multiplie aussi les expériences dans d’autres garages. Il se plaît finalement chez Gillabert et parvient à convaincre le patron, déçu par ses dernières recrues, de l’engager. «Quand je vois Evan travailler, j’ai envie de former à nouveau. Mais ce genre de jeunes est en voie de disparition», plaisante-t-il à peine.

Recherche appentis désespérément

Encadré par le couple Gillabert, Evan est choyé, mais aussi encouragé et poussé au défi. Ainsi, il a accepté de participer aux prochains GenevaSkills, une excellente préparation aux examens du CFC. «C’est très gratifiant pour un formateur. J’ai aussi été expert pendant douze ans, poursuit le carrossier. Pour des jeunes comme Evan, nous, les patrons on a envie de se décarcasser.» Le métier s’apprend pas à pas, uniquement en formation duale (entreprise/école).

Evan explique: «La première année d’apprentissage de carrossier-peintre est consacrée au nettoyage de la carrosserie, aux préparations de peinture. Viennent ensuite les notions de physique, de chimie et la connaissance des matériaux.» Porté par une équipe soudée, il s’essaye au giclage dès la deuxième année. «Les gens pensent encore qu’on travaille dans un environnement toxique, mais on a des masques Jupiter conçus spécialement pour ne pas absorber les solvants. On travaille aussi avec des peintures à l’eau, on est bien protégés», précise l’apprenti, déjà au mitan de sa formation. «Les deux premières années sont passées si vite! Quand j’aurai mon CFC, j’aimerais voyager et faire après du covering (technique qui consiste à appliquer un film adhésif en vinyle sur la carrosserie d’un véhicule)

Perspectives et emploi

Une commission spécifique, sous l’égide de l’Association genevoise pour la formation des professions de la mobilité (AGFM), vient d’être créée pour rechercher des apprentis. Quarante-trois postes étaient ouverts à la rentrée 2026. «Des fonds ont été réunis pour communiquer autour de nos métiers avec un focus particulier cette année sur la carrosserie. L’année prochaine, ce seront les poids lourds», précise le patron, qui rappelle que l’apprentissage dans son domaine n’est pas une fin en soi: «Au contraire, on peut devenir chef d’atelier, expert, poursuivre avec un brevet fédéral ou encore un diplôme fédéral!»

Et Philippe Gillabert de tourner vers Evan un regard tendre et plein d’espoir. «Quand j’aime je le montre, l’inverse est aussi vrai. Et ce petit-là, je l’adore. C’est un jeune motivé, poli, propre, même s’il a son petit caractère. Faut bien qu’il s’affirme», lui concède-t-il.

Trois questions à Roland Maurer, maître adjoint des métiers de la carrosserie

Quelle est la situation de l’apprentissage dans vos métiers?

Les entreprises de notre secteur sont prêtes à former des apprentis, mais elles éprouvent de la peine à trouver des jeunes motivés. Celui de carrossier-tôlier en particulier, complémentaire au carrossier-peintre, pâtit d’une grave pénurie d’intérêt. À Genève, on note une tendance à la baisse depuis plusieurs années.

Pour quelles raisons?

Nos métiers souffrent d’une mauvaise image, alors qu’en réalité, l’évolution des matériaux, plus légers et recyclables, demande de nouvelles connaissances et une grande technicité. De plus, nos compétences sont très recherchées! Vu la pénurie de relève professionnelle, l’employabilité en matière de salaire et d’évolution est importante.

Est-ce que l’IA menace le domaine de la carrosserie?

Certes, l’IA nous aide à effectuer certains calculs et calibrages. Par exemple, des scanners déterminent avec précision et rapidité le nombre d’impacts de grêle. Elle aide aussi au diagnostic pour déterminer certaines défaillances et le carrossier-peintre est assisté par des spectromètres pour reproduire une teinte à l’identique. Mais ce n’est pas l’IA qui va travailler. Le geste métier a encore un bel avenir.

Zoom sur les métiers de la carrosserie

Le 16 septembre 2026 à 14 h, à Spark, présentation des formations, rencontres avec les professionnels et apprentis. Pour cette rentrée, il reste encore quelques places d’apprentissage à saisir!

Entrée gratuite sur inscription: citedesmetiers.ch/evenements

SISP/IMI/27.8.2026

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